L'Elue et les Ewocks
Premier Episode
Quatre mille ans avant notre ère...
« - Blanche, est-ce que ma chemise est repassée ? »
On ne répondait pas. Il cria encore :
« - Blanche ! »
Il alla dans la pièce voisine où Blanche était censée repasser le linge, mais elle n'y était pas. Pas plus que dans les autres pièces de la maison, d'ailleurs. La jeune fille était évanouie dans l'herbe d'une clairière d'une grande forêt, quatre mille ans avant notre ère et dans un monde parallèle.
Eli le Toscain s'avança prudemment : la bête semblait endormie. Arrivé devant cette dernière, Eli découvrit la plus belle créature qu'il n'eut jamais vue. Elle était grande, lui si petit, avec de longue jambe et sa taille fine, lui qui ressemblait à une grosse peluche. Et son visage exprimait la douceur alors que dans le sien se mêlaient surprise et frayeur.
Avec le bout de son bâton, il la toucha, la créature bougea. Précipitamment, le Toscain alla se cacher dans les buissons et attendit. La belle ne semblait pas s'être réveillée, alors il se rapprocha et la secoua doucement. L'étrange créature recommença à bouger et bientôt ses yeux s'ouvrirent puis s'agrandirent de surprise en découvrant Eli qui la regardait, effrayé.
Quand Blanche se fut remise de son émotion, elle tendit la main à la petite boule de poils tremblante, à genoux près d'elle.
Eli le Toscain se méfia, qui était-elle cette créature, si étrange, qui lui tendait la main ? Parrallisé, à genoux, il ne savait que faire, s'enfuire ou lui tendre le bras à son tour ?
Voyant que la petite bête ne voulait pas lui prendre la main, Blanche la retira pour prendre des bonbons dans sa poche. Son mouvement surprit et effraya la petite créature qui s'enfuit derrière un bosquet.
« - Eh ! Attend ! Je ne te veux aucun mal, dit-elle doucement. Je veux juste te donner un bonbon. Regarde ! »
Eli ne bougea pas.
« - Ce n'est pas du poison, continua-t-elle. »
Blanche prit un des bonbons, le mangea et déclara avec un sourire au coin des lèvres :
« - C'est bon ! Tu n'en veux vraiment pas ? »
Doucement l'Ewock tendit le bras et attrapa un des bonbons. Avant de le mettre dans sa bouche, il l'examina longuement.
Blanche, ravie de pouvoir partager quelque chose avec « boule de poils » – ainsi l'avait-elle affectueusement nommé – sourit de plus belle.
Quand le Toscain mit la chose rose pimpant dans sa bouche, un étrange goût s'y propagea. Jamais, il n'avait goûté une si merveilleuse chose.
Blanche se releva et demanda :
« - Où est ton village ? Tu n'es pas tout seul ici ?
- Atchipapou ? répondit « boule de poils », comme pour dire qu'il n'avait pas compri.
- Tu ne parles pas ma langue, murmura Blanche, plus pour elle-même que pour Eli. Bon, reprit-elle, où est ta maison, où dors-tu ? demanda Nlanche en mimant ses paroles. »
Eli sembla comprendre car il lui prit la main et l'emmena dans la forêt.
Au bout d'un quart d'heure de marche, Blanche decouvrit ce qu'elle n'eut jamais imaginé ! Des centaines de « boules de poils » se promenaient dans un village suspendu aux arbres, la clairière n'était plus qu'un entremêlement de huttes, de ponts, de passerelles, de cordes et de plateformes érigés à plusieurs mètres de hauteur.
La jeune fille fut amenée devant le chef. Quelle ne fut pas sa surprise quand il lui demanda en français :
« - Qui êtes-vous ?
- Je m'appelle Blanche Riner, et il m'est arrivé une drôle de chose, répondit-elle.
- Laquelle ? demanda simplement mais fermement le chef, qui s'appelait Abirnaro.
- Eh, bien, je repassait tranquillement la chemise de mon maître, quand une étrange lueur a attiré mon attention, dans l'armoire. Je m'en suis approchée et là, j'ai perdu connaissance. En me réveillant, je découvris, euh... « boule de poils » qui m'a gentillemment amenée ici, raconta la jeune fille.
Abirnaro se tourna vers un autre Ewock et lui parla dans un dialecte particulier. Quand le chef reprit la parole, ce fut pour dire :
« - Mademoiselle Blanche, il nous semble que vous êtes l'Elue de la prophétie de Tyntito.
- Elue... Prophétie... Tyntito ? répéta Blanche sans comprendre.
- Oui, la prophétie de Tyntito, expliqua l'Ewock, la forêt noire apporte tristesse et désolation sur notre pays, pour la détruire l'enfant prodige est né, malheureusement, Akna la Sorcière l'a maudit. Pour le guérir, l'Elue, une créature venant de loin et parlant la langue de la Sorcière arriverait et guérirait l'enfant. »
Il reprit son souffle et termina son explication :
« - Cette Elue, c'est vous ! »
Ebahie par tout ce qu'elle venait d'entendre, la jeune fille s'assit et dit d'une voix blanche :
« - Si j'ai bien compris, je dois sauver l'enfant pour qu'il détruise Akna et sa forêt !
- Oui, répondit Abirnaro.
- Et comment puis-je sauver cet enfant ? demanda-t-elle.
- L'Elue doit l'amener au centre du Dolmen Nord, dire les incantations selon un rituel que nous connaissons parfaitement, dit-il.
- Pouvez-vous m'amener devant l'enfant ?
- Oui, bien sûr, déclara le chef, très content que Blanche consente à les aider malgré la danger »
Ce qui surprit le plus la jeune fille fut que l'enfant n'était pas un Ewock mais un être humain, comme elle.
« - Il s'appelle Lucas, lui murmura Abirnaro lorsqu'elle le prit dans ses bras.
- C'est décidé, dit-elle, je sauverai cet enfant. »
Pendant près d'une semaine, Blanche apprit, répéta, récita les mouvements et l'incantation qui lui permettrai de sauver Lucas.
Le jour de la Lune partielle du solstice d'Automne, Abirnaro et Eli le Toscain accompagnèrent la jeune fille et l'enfant au sanctuaire de l'étoile du Dolmen Nord. C'était un dolmen gaulois, avec au centre un cercle dessiné à même le sol où une étoile brillait.
Avant de quitter les deux Ewocks, Blanche demanda :
« - Si jamais l'incantation ne marche pas, que fais-je ? »
Abirnaro lui répondit d'une voix faible qu'elle devrait alors se sacrifier dans la forêt noire et que si elle commençait l'incantation, elle ne pourrait plus reculer.
« - Quoi ? s'écria la jeune fille, si ça ne marche pas, je vais mourir ! »
Les deux petites créatures hochèrent la tête en silence.
« - Bien, priez pour moi, alors, dit-elle simplement en avançant vers le centre du sanctuaire, Lucas dans ses bras. »
Comme elle l'avait appris, elle s'agenouilla, gardant l'enfant dans ses bras, puis elle récita l'incantation. Lucas, qui était déjà dans un coma partiel, y sombra complètement.
La peur s'empara de Blanche, ses mains tremblaient et des larmes commencèrent à couler le long de ses joues.
L'incantation finie, la jeune fille regarda Lucas, rien ne s'était produit, il avait même arrêté de respirer.
« - Oh ! Non, gémit-elle, pitié, Lucas réveille-toi... LUCAS REVEILLE-TOI ! »
Elle pria, pleura, cria, mais... ce fut en vain. L'enfant ne se réveillait pas. Elle se leva, le portant toujours dans ses bras, et elle avança ainsi sur la terre humide, entre les hauts arbres.
FIN du premier épisode